Carnet de voyage : les diamants du Congo
Carnet de voyage : les diamants du Congo
Carnet de voyage : les diamants du Congo
Carnet de voyage : les diamants du Congo
Carnet de voyage : les diamants du Congo
Carnet de voyage : les diamants du Congo
Carnet de voyage : les diamants du Congo
Carnet de voyage : les diamants du Congo
Carnet de voyage : les diamants du Congo
Carnet de voyage : les diamants du Congo

Christine Masseron, gemmologue, diplômée de l’ING et enseignante à l’EIML (Ecole Internationale du Marketing et du Luxe), est allée voir de ses propres yeux les mines de la République Démocratique du Congo et nous relate ses impression

« Depuis 2016 et le lancement de la campagne publicitaire « Real is rare » par la DPA (Diamond Producers Association), le diamant n’a de cesse de vouloir retrouver ses lettres de noblesse auprès d’une jeune génération en proie à des interrogations tant sociétales qu’environnementales. Conscients de l’enjeu commercial du diamant qui représente près de la moitié des ventes de bijoux en France, l’UFBJOP (l’Union Française de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie, des Pierres et des Perles) et le LFG (Laboratoire Français de Gemmologie) se sont associés à cette démarche de sensibilisation axée sur la promotion du diamant et l’information du consommateur.

Suffit-il pour autant d’affirmer que le diamant est réel, que le diamant est rare et que la filière diamant est responsable pour s’en convaincre ? Une chose est certaine, le diamant est un véritable miracle de la nature du fait des conditions exceptionnelles de sa formation il y a plus de 2,5 milliards d’années. Aucune technologie aussi sophistiquée soit elle ne peut lui retirer cette personnalité qui fait du diamant une gemme exceptionnelle dont la valeur ne peut se comparer à celle d’une pierre synthétique produite en série.

Curieuse d’en savoir plus sur les conditions d’exploitation sur le terrain, j’ai mené non sans mal mes premières investigations en RDC (République Démocratique du Congo), loin des grands producteurs industriels dont les stratégies de communication sont parfaitement maitrisées.

Je me suis rendue à Mbuji Mayi, emblématique bastion minier de la République Démocratique du Congo. Ici tout est affaire de diamants ou presque. Chef-lieu de la province du Kasaï-Oriental, cette ville où l’eau ne coule véritablement que dans la rivière (qui porte son nom) offre le visage d’une capitale déchue. La société minière de Backwanga, communément appelée « Mi Ba », fleuron de l’exploitation diamantaire des années 80 est aujourd’hui quasiment à l’arrêt faute de moyens. Sur les 2800 ouvriers, seules quelques dizaines peinent à faire tourner les rares machines encore en état de fonctionnement.

Reclus dans quelque bureau obscur, l’un des géologues du site évoque , nostalgique l’énorme potentiel du domaine appelé « le polygone de la Mi Ba ». Comme signe d’une activité faste révolue, des blocs de kimberlite sont exposés sur le rebord d’une fenêtre. En regardant ces terrains en friche autour desquels s’agglutinent des clandestins, il veut croire en un avenir meilleur. Quand ? Personne n’ose apporter une réponse car tous savent qu’elle ne leur appartient pas. La décision sera prise en haut lieu à l’abri des curieux qui seraient tentés de connaître les tenants et les aboutissants d’une négociation avec de riches investisseurs qui se chiffrera en centaines de millions de dollars….

Aux abords de la mine, s’agglutinent les clandestins qui espèrent trouver quelques résidus négociables. La recherche d’une pierre rare entretient le labeur acharné des creuseurs artisanaux qui marchent chaque jour le long d’une magnifique piste ensablée avant de poser leurs outils sur le monticule de terre qu’ils vont explorer. Les coups de pelle s’accélèrent, leur objectif est de descendre à 17 mètres à l’aide d’une poulie de fortune. Le gravier extrait sera ensuite examiné de près, tamisé. Ils sont jeunes, courageux, déterminés à trouver ce diamant qui pourra, à défaut de changer le cours de leur vie, leur assurer leur gagne pain du lendemain. La plupart d’entre eux n’ont pas été à l’école, ils ne savent pas grand chose du diamant mais ils savent le reconnaître au premier coup d’œil. Leur acuité force le respect. D’autres oeuvrent  au bord de la rivière, creusent des puits et tamisent inlassablement, l’échine courbé et le regard acéré en quête du diamant qui se cache entre les graviers. Ils se retrouveront au marché artisanal là où se négocient les diamants.

Certes, leurs conditions de travail sont aux antipodes de nos acquis sociaux et méritent d’être dénoncées… Mais abandonnés par un état qui ne leur offre pas même l’accès à l’éducation (l’école étant payante), ont-ils d’autres choix ? Dilemme cornélien que chacun appréhendera avec sa conscience….

Ils ne représentent que le premier maillon d’une chaine d’intermédiaires qui oeuvrent à faire rayonner le diamant sur les plus belles places du monde. L’effervescence règne dans un climat curieusement apaisé où chacun connait son rôle et semble s’en satisfaire.

Les diamants extraits voyageront, nulle entreprise de taille au Congo. Contraste saisissant que ces paysages magnifiques, baignés d’ocre au soleil couchant, Ce retour aux sources est aussi une grande leçon d’humilité au regard des conditions de vie de ces travailleurs de l’ombre… ».

 

Reportage signé par Christine Masseron

christine.masseron@gmail.com

 

Légendes

1-Christine Masseron auprès des creuseurs artisanaux aux abords de Mbuji Mayi
2-Diamant découvert lors du tamisage du gravier aux abords de Mbuji Mayi par les creuseurs artisanaux
3-Exploitation industrielle à ciel ouvert Mbuji Mayi (Société Sacim)
4-Bloc de kimberlite dans l’exploitation de la Sacim, concession sino-congolaise à Mbuji Mayi
5-Comptoir de négoce de diamants Mbuji Mayi
6-Vente de diamants de Mbuji Mayi
7-Pesée des diamants au marché artisanal de Mbuji Mayi
8-Vente de lots de diamants au marché artisanal de Kinshasa
9-Vente de diamants au marché artisanal de Kinshasa
10-Les rues de Kinshasa