Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait
Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait
Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait
Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait
Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait
Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait
Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait
Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait
Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait
Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait
Rencontre : Thierry Martin et l’art du trait

Nous nous sommes rencontrés en 2009 sur le salon Kara et son book de gouachés m’avait fasciné à l’époque avec les grands noms de marques et ses créations si inventives. Aujourd’hui, il nous retrace son parcours avec ses nombreuses expériences à l’étranger et ses nouveaux rêves.

– Comment s’est faite la rencontre avec le bijou ?

Thierry Martin : Depuis tout petit, j’ai toujours aimé dessiner et vers 10 ans, les minéraux et pierres sont devenues ma passion. Une exposition de minéraux dans un grand magasin de ma ville natale à Rouen m’a créé un choc esthétique. Ayant des soucis de santé, ma mère me disait « si tu restes tranquille je vais t’acheter une pierre » et ma collection a démarré ainsi. Ensuite, j’ai demandé des livres sur les minéraux et les gemmes pour en savoir plus. Vers 15 ans, j’ai découvert le magazine Vogue, rempli d’accessoires luxueux avec des bijoux énormes et j’ai commencé à collectionner toutes les publicités par marques. Simultanément, je découvrais à Cannes les expositions de Louis Gérard, 4 soirées au ‘Majestic’, une pour chaque pierre précieuse…

 

Comment êtes-vous passé d’une passion à choisir vraiment ce métier ?

Thierry Martin : Le déclic s’est produit quand on me précisa que chaque merveilleux joyau exposé était dessiné en amont. Ma vocation est née et je voulais créer des parures pour les plus grands noms pour voir ces pièces dans les magazines de luxe et dans les vitrines. Ce métier c’est vraiment imposé à moi !

 

– Pouvez-vous nous parler de vos premières expériences avec les ateliers, les grandes maisons ?

Thierry Martin : Étant autodidacte, j’ai tenté au début de représenter les photos de bijoux, couleurs, ombres, reflets mais sans cours, sans techniques. J’ai réussi à composer un book et je suis allé rencontrer Nathalie Choay (Poiray) et Mr Alexandre Reza. Tous deux m’avaient dit que j’avais de bonnes idées mais aucun sens de la perspective et c’est pourquoi, je me suis inscrit à l’école BJO en 1987. Puis pour mon stage en alternance, j’ai été embauché chez Charles Garnier, spécialiste de l’électroformage. Les frères Garnier m’ont donné ma première chance et c’était très formateur sur les contraintes techniques, de poids et de prix. Mais ma vraie passion c’était pour la haute joaillerie donc j’ai ensuite travaillé pour les ateliers Lully qui fabriquaient les pièces d’après les dessins de Cartier ou de Marina B. J’ai eu la possibilité de créer ma 1ère parure que l’on a fabriqué en 3 exemplaires pour VCA : la parure “Thomyris” choisie par Mr Jacques Arpels… Quand j’ai découvert le set dans la vitrine Place Vendôme, j’avais atteint la 1ère étape de mon rêve !

 

Quels sont les projets qui vous ont le plus passionnés ?

Thierry Martin : J’ai eu la chance de travailler pour l’atelier indépendant Serge Bouder au moment où il proposait à Chanel de fabriquer des rééditions des bijoux de l’exposition 1932… et surtout proposer de nouveaux joyaux inédits. Carte blanche pour proposer aussi à Mauboussin des parures et des objets précieux pour le Sultan de Brunei, mais aussi à Fred (du temps de Mr Samuel) pour la Reine du Népal. Ma plus grande réussite fut quand Solange Azagury Partridge ou Martin Katz ont choisi dans mes classeurs des modèles de chez Georland. Ou encore quand Constantin Wild plus récemment m’a demandé de mettre en scène sa somptueuse topaze impériale rose/rouge ainsi qu’un set de pierres fines uniques.

 

– Vous vous êtes spécialisé dans la réalisation de gouachés. Avez-vous également enseigné cette discipline ?

Thierry Martin : C’est passionnant de partager ses passions et son savoir ! En effet, j’ai enseigné le dessin de bijoux, gouaché, mises en couleur rapides à l’Afedap, pendant 10 ans et à BJO pendant 1 an. Mes cours comprenaient aussi beaucoup d’informations sur les gemmes, leur valeur, leurs proportions, leur utilisation possible. Un design se doit d’être réaliste techniquement, financièrement et surtout réalisable en pièce unique ou en série.

 

Pensez-vous que la technique de gouaché va être complètement remplacée par la DAO?

Thierry Martin : Les gouachés, réalisés dans les règles de l’art, produisent le meilleur rendu possible, sensible et vivant. Tout ne peut être dessiné non plus, aussi la DAO est un outil appréciable pour les formes géométriques répétitives. Les premières années, les grands noms utilisant ce système, présentaient presque tous les mêmes produits trop plats. Avec la course au gain, la baisse des temps de fabrication et toute une génération d’OJ4 qui est partie à la retraite, il y a eu une énorme perte de savoir-faire conjointement avec la disparition de grands ateliers indépendants. A mon avis, les machines ne peuvent pour l’instant remplacer l’humain et sa créativité.

 

– En 2005, vous vous êtes lancé dans vos propres créations. Qu’en tirez-vous de cette expérience ?

Thierry Martin : Une malencontreuse expérience (mais constructive), car malgré tout un stock de gemmes de qualité, il y avait une énorme concurrence déloyale dans les salons et surtout la gestion trop lourde d’une société… En plus de la crise financière qui a balayé de nombreuses petites sociétés, sur 100 exposants au salon Kara par exemple, seuls ¼ subsistent aujourd’hui.

 

– Vous avez aussi eu des expériences à l’étranger. Pouvez-vous nous en parler ?

Thierry Martin : En effet, je suis allé en 2010 en Australie en tant que directeur artistique de Fairfax & Roberts à Sydney, le plus ancien joaillier du continent. Le goût pour les bijoux à l’époque était très classique. Mais, j’ai remarqué une évolution depuis, de nombreuses grandes maisons y installent des boutiques car il y a aussi un nombre record de millionnaires ! J’ai notamment créé “The Martin Collection” car l’adresse de la boutique se situait Martin Place, un signe !

Puis, je suis allé à Dubaï et à Bangkok pour le joaillier Mouawad. Je rêvais gamin devant leurs parures géantes et leurs pierres exceptionnelles. Mon expérience fut mitigée et malheureusement tout a été stoppé par un cancer qui m’a contraint de rentrer en France…

 

– Quel est votre rêve aujourd’hui ?

Thierry Martin : Tel un phœnix, j’aimerais continuer de partager mon savoir en redonnant des cours, en formant de futures créatrices à l’étranger en Arabie notamment avec les sociétés Nuun / Sogha… Réaliser également des illustrations pour des négociants en gemmes, des joailliers, développer mon rôle de conseiller… Mais également réaliser un livre sur mes techniques, mes secrets sur les dessins de bijou et gouachés. Et aussi créer à nouveau des designs pour des clients privés ou autres, mais avec une structure adaptée… Coming soon !

Contact : tmartinjoyaux@hotmail.com

 

Kyra Brenzinger

 

Légendes :

Flamingos (2000) gouaché de Thierry Martin
Gouaché “Rêve de Maharani” 2007 – diamants gris, noirs, non traités. Poire de 18 carats – Collection de Thierry Martin 2007
Réalisation du bijou Flamingos collection Georland
Gouaché broche “Dragon Céleste” de Thierry Martin – 2007
Dessin gouaché des motifs d’oreilles “Mademoiselle de Cannes” pour Fairfax & Roberts – Sydney – 2010
Bague “Martin Collection” pour Fairfax & Roberts – Sydney – 2011
Motifs d’oreilles réalisées de Fairfax & Roberts – Sydney
Réalisations pour Martin Katz 2000s’
Projet de dessin pour les pierres de Constantin Wild
Thierry Martin dessine et crée des bijoux sur mesure