Diamant ou « diamant » ?
Diamant ou « diamant » ?
Diamant ou « diamant » ?

A l’heure où la polémique sur le diamant de synthèse alimente les rumeurs les plus folles, il nous est apparu intéressant de revenir aux fondamentaux et rappeler ce qu’est un diamant et ce qui peut revendiquer officiellement cette appellation.

Retour sur une découverte qui mit la communauté scientifique en effervescence dès le XVIIe siècle. En effet , le diamant a jalonné l’histoire des hommes tout autant que celle des sciences et des progrès technologiques, à tel point qu’aujourd’hui une certaine confusion règne dans nos esprits.

Ce n’est véritablement qu’au XVIIe siècle que le diamant aiguise la curiosité des savants qui découvrent l’ordre de la Nature et qui cherchent à en comprendre le sens. Cette démarche scientifique sera portée tout au long du XVIIIe siècle par des noms illustres tels que Antoine Laurent de Jussieu, docteur en médecine, professeur au Jardin Royal des Plantes de Paris et membre de l’Académie des sciences, ou bien encore Carl von Linné, naturaliste suédois dont les travaux constituent la base de la taxonomie moderne.

En ce qui concerne plus spécifiquement le diamant, ce sont les travaux de Robert Boyle, chimiste anglais animé par les sciences expérimentales, qui déchainent la critique au sein de la communauté scientifique dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Alors même que le diamant, qualifié d’Adamas depuis l’antiquité est perçu comme indestructible, ses travaux démontrent que le diamant disparaît lorsqu’il est soumis à de très hautes températures dans un four. Il ne peut toutefois expliquer ce phénomène car à l’époque , la théorie relative à la constitution de l’univers s’appuie sur les 4 éléments connus que sont la terre, l’eau, l’air et le feu. Comment imaginer que cette pierre invincible  puisse être si facilement vaincue par le feu ?

Ses expérimentations constituent une énigme qui ne sera résolue que bien des années plus tard. Face à l’incrédulité que ces résultats génèrent, nombre de curieux fortunés vont vouloir renouveler l’expérience et c’est ainsi qu’un grand nombre de diamants vont partir en fumée sans la moindre explication rationnelle….

L’on doit à deux brillants chimistes, Pierre Joseph Macquer et surtout Antoine Laurent de Lavoisier , d’avoir contribué à percer le mystère du diamant. En effet en 1772, Lavoisier place dans trois creusets hermétiques un diamant qu’il met dans un four. Dans le premier, le diamant est placé dans de la poudre de charbon, dans le second , le diamant est placé dans de la craie et rien n’est ajouté dans le troisième.  A la sortie du four, le troisième creuset est vide alors que le diamant placé dans la poudre de charbon est intact et celui placé dans la craie est partiellement endommagé. Ces résultats démontrent que le charbon a protégé le diamant, par combustion de l’oxygène présent. Dès lors l’hypothèse avancée par Lavoisier comme quoi le diamant est constitué de carbone ne demande plus qu’à être confirmée. C’est Smithson Tennant, qui réhabilitera d’une certaine façon les travaux de son compatriote Boyle en démontrant effectivement que le diamant est constitué de carbone et donc qu’il brûle à haute température. Boyle avait raison, Lavoisier également…

De nombreux travaux ont par la suite permis de comprendre le diamant sous ses différents aspects minéralogiques et cristallographiques au point que certains se sont essayés à l’imiter. Ainsi, le XXe siècle vit les premiers essais de synthèse du diamant à usage industriel et le XXIe siècle l’avènement du diamant de synthèse dans la bijouterie.

Il apparait néanmoins utile de préciser que seul le qualificatif Diamant s’apparente à une gemme naturelle et que nul produit fabriqué artificiellement ne peut se prévaloir de cette dénomination stricto sensu. *

Ici donc, vous trouverez la signification des guillemets du  « diamant »  pour souligner le fait que ce mot n’est pas toujours utilisé dans sa signification littérale….

*En France, les appellations des diamants et des diamants synthétiques sont strictement encadrées par le Décret n°2002-65 du 14 janvier 2002 relatif au commerce des pierres gemmes et des perles qui définit ce qu’est un diamant et qui réserve l’appellation « diamants » aux diamants naturels (formés dans des sites naturels).

En particulier l’article 4 du dispositif réglementaire :

– Définit comme « synthétiques » les pierres qui sont des produits cristallisés ou recristallisés dont la fabrication provoquée totalement ou partiellement par l’homme a été obtenue par divers procédés, quels qu’ils soient, et dont les propriétés physiques, chimiques et la structure cristalline correspondent pour l’essentiel à celles des pierres naturelles qu’elles copient
– Interdit l’utilisation des termes « élevé », « cultivé », « de culture », « vrai », « précieux », « fin », « véritable » pour désigner les diamants synthétiques

Article de Christine Masseron
christine.masseron@gmail.com

Légendes :

Photo 1 : Du brut à la pierre taillée
Photo 2 : Antoine Laurent de Lavoisier
Photo 3 : Robert Boyle