Nouvel ouvrage : Bijoux Anciens (1800-1850)
Nouvel ouvrage : Bijoux Anciens (1800-1850)
Nouvel ouvrage : Bijoux Anciens (1800-1850)
Nouvel ouvrage : Bijoux Anciens (1800-1850)
Nouvel ouvrage : Bijoux Anciens (1800-1850)
Nouvel ouvrage : Bijoux Anciens (1800-1850)

L’expert en bijoux anciens et gemmologue, Geoffray Riondet présente un ouvrage passionnant sur 150 ans d’histoire du bijou en collaboration avec l’Institut National de Gemmologie et paru aux éditions Flammarion.

En exclusivité, il a bien voulu répondre à l’interview du Guide-Joailliers.

Qu’est-ce que vous souhaitiez mettre tout particulièrement en lumière à travers cet ouvrage ?

Geoffray Riondet : Les livres qui sont publiés ont été réalisés souvent à l’initiative des grandes maisons de joaillerie. L’ambition du livre « Bijoux anciens (1800 – 1950) est de permettre à l’amateur de découvrir, identifier et apprécier le bijou ancien grâce à un guide simple et complet, illustré de dessins, de documents photographiques et de documents d’archives souvent inédits. Il propose plusieurs chapitres par période avec ses sources d’inspiration et ses caractéristiques ; par gemmes et matériaux ou par type de bijoux, du diadème à la bague. Cet ouvrage, apporte les clés pour découvrir le monde du bijou ancien, complété par un panorama des maisons et artistes qui ont marqué la joaillerie depuis 1800 et par des conseils pour acheter et entretenir ses bijoux.

Victoire de Castellane, directrice artistique de Dior Joaillerie, a signé votre préface alors qu’elle est surtout célèbre pour sa vision innovante des bijoux.  Est-elle aussi passionnée de bijoux anciens ?

Geoffray Riondet : Lors de la conception du projet, j’ai pensé très vite à Victoire de Castellane. Elle a été immédiatement enthousiaste pour le projet et a pu consacrer un peu de son précieux temps à la rédaction de la préface. Victoire de Castellane décrit très bien sa relation aux bijoux anciens dans une préface personnelle et poétique. Ils apparaissent comme une immense famille où les parures du XVIIIe siècle seraient les arrière-arrière-arrière-grands-parents des bijoux contemporains. J’apprécie particulièrement cette notion. Elle évoque également ses souvenirs de jeunesse liés aux bijoux anciens. Par ailleurs, je recommande le livre où l’on retrouve les secrets de son inspiration (« L’Abécédaire de Victoire de Castellane » par Olivier Gabet aux éditions Rizzoli Flammarion).

Quelle est la période qui vous fascine le plus ?

Geoffray Riondet : J’ai un faible pour l’Art Déco car cette période marque l’histoire du bijou en associant l’inventivité des formes au travail sur platine. Ces bijoux présentent une réelle rupture avec les modes passées et une esthétique complètement nouvelle. Les créateurs utilisent alors des formes géométriques afin d’exprimer la modernité de la vie urbaine. Ils voient dans la géométrie la quintessence du monde moderne.

Quel est votre joaillier de prédilection ?

Geoffray Riondet : C’est question difficile car j’apprécie les créations des grandes maisons à l’instar de Van Cleef & Arpels, Cartier, Boucheron, Chaumet… J’ajouterais également les bijoux Dusausoy car cette maison s’illustre d’abord dans le négoce de bijoux anciens. Elle se développe avec Justin Dusausoy qui s’installe boulevard des Capucines à Paris en 1912 et qui participe en 1925 à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes. À cette occasion, la maison reçoit un grand prix pour ses modèles originaux comme le bracelet Stalactite. Pendant les années 1930, sa notoriété est comparable à celle de Cartier ou Boucheron et malheureusement, la maison ferme ses portes dans les années 1970.

Pouvez-vous nous rappeler la différence entre bijoux anciens et vintage ?

Geoffray Riondet : C’est un grand débat, je ne me risquerais pas à une définition exhaustive. Je dirais que le terme « vintage » englobe la production des années 1950 aux années 1970 voire 1980. Nous pouvons donc considérer que les « bijoux anciens » sont antérieurs. Mais à l’intérieur de cette notion, il faut bien distinguer les différentes périodes, Art déco, Art nouveau… Dans le livre « Bijoux anciens (1800 – 1950), nous débutons avec le Directoire pour finir dans les années 1950. Le choix de la période de référence s’impose car la Révolution française marque un tournant décisif. Ainsi le XIXe siècle puis la première moitié du XXe siècle constituent une nouvelle ère dans l’histoire du bijou. Les styles les plus divers s’y succèdent, alliant un savoir-faire traditionnel et une recherche permanente d’innovation. Les bijoux de cette période témoignent souvent d’un savoir disparu et demeurent de nos jours une source d’inspiration, plus ou moins consciente, pour les créateurs contemporains.

Vous avez choisi d’aborder le sujet aussi par l’angle des gemmes. Est-ce grâce au partenariat avec l’ING?

Geoffray Riondet : Il était bien entendu nécessaire d’aborder les gemmes et le soutien de l’Institut National de Gemmologie a renforcé cet aspect.  Pour le projet, des professeurs de l‘école ont apporté leur expertise comme Valérie Goupil (docteur en histoire de l’art, historienne du bijou, gemmologue), Anne Laurent (gemmologue), Brigitte Serre-Bouret (conservateur en chef du patrimoine, docteur en histoire de l’art et archéologie), Loïc Lescuyer et Gérard Panczer (professeur à l’université Claude Bernard – Lyon 1, responsable du diplôme universitaire de gemmologie). Sur la cinquantaine de gemmes couramment utilisées en bijouterie, une vingtaine, caractéristique du bijou ancien, sont décrites dans le livre.

Quelles expériences avec les bijoux anciens vous ont marqué dans votre parcours professionnel ?

Geoffray Riondet : Je suis né à Lyon dans une famille d’antiquaire donc les bijoux anciens m’ont toujours passionné et j’enseigne depuis maintenant une dizaine d’années l’histoire de la joaillerie à l’Institut National de Gemmologie à Lyon. J’ai notamment participé aux analyses gemmologiques du « Grand Saphir » de Louis XIV au Muséum National d’Histoire Naturelle, du « Talisman de Charlemagne » au Palais du Tau, de la bague du couronnement de l’impératrice Joséphine au Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, des bijoux de George Sand au Musée de la vie Romantique, ou encore de La Majesté de Sainte Foy de Conques du Trésor de Conques. Dernièrement, avec Gérard Panczer (professeur à l’Université Lyon I), nous avons travaillé sur les gemmes du livre d’heures de François Ier, conservé au Musée du Louvre (ndlr : recueil liturgique enluminé dans une monture d’or et de pierres précieuses et intaille de cornaline). Nos résultats seront prochainement publiés dans la revue « The journal of gemology » en anglais.

A la fin de l’ouvrage, vous proposez des conseils notamment sur l’expertise. Vous êtes vous-même expert judiciaire. Que conseillez-vous à une personne qui a hérité d’un bijou ancien ?

Geoffray Riondet : C’est une excellente question et si je peux donner un conseil, c’est bien sûr faire l’expertise de ce bijou. Outre connaître la valeur d’un bijou, seule une expertise permet de l’assurer et d’obtenir un remboursement en cas de vol. L’expertise des bijoux anciens est complexe et nécessite des compétences particulières. Il est souhaitable de s’adresser à un expert affilié à une chambre ou à une compagnie d’experts reconnue. Elle doit toujours être écrite et comporte au minimum, pour chaque bijou, les éléments suivants : la nature de la matière, la description du bijou, l’époque, les gemmes, l’état de conservation, avec une ou des photos.

Vous avez une boutique de bijoux anciens au sein d’un hôtel particulier Napoléon III à Lyon. Que proposez-vous comme bijoux ?

Geoffray Riondet : Au sein de la maison Riondet, nous proposons une sélection de bijoux anciens de la fin du XVIIIe siècle aux années 1950 : bijoux des deux Empires, Art nouveau, Art Déco et des bijoux rétro… J’ai notamment mis l’accent sur la période Art déco ou encore pour les années 1940, sur les fameuses bagues « Tank ». Au préalable, tous les bijoux présentés sont soigneusement vérifiés et restaurés si nécessaire. Ils font ensuite l’objet d’un descriptif rigoureux indiquant ses caractéristiques. Le siège est à Lyon mais des rendez-vous sont possibles en bureau sur rendez-vous à Paris et je participe également à de nombreux salons. Je souhaite surtout faire partager cette passion à tous car je crois que le bijou ancien à de l’avenir !

 

Interview de Kyra Brenzinger

Pour en savoir plus: www.maison-riondet.fr

Livre : Bijoux anciens (1800-1950) sous la direction de Geoffray Riondet

Edition Flammarion (15 euros)

 

Légendes photo :

  • Couverture livre Bijoux Anciens (1800-1950) – Pendant de cou Lalique – Crédit photo : RMN bu courtesy Edition Flammarion
  • Analyse du Talisman de Charlemagne Geoffray Riondet
  • Fantaisies décoratives composées par Jules Habert-Dys, planche 41, 1887- Crédit photo : Maison Riondet
  • Ensemble de bagues Art déco – Crédit photo : Maison Riondet
  • Bracelets dits tank, or, vers 1940 – Crédit photo : Maison Riondet et photographie de Andreas Stenger
  • Le Bijou, revue artistique et industrielle de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, musée pratique à l’usage des joailliers, bijoutiers, orfèvres, estampeurs, graveurs, peintres, planche 3, J. Rothschild, éd. 1900 – Crédit photo : Maison Riondet
  • La Pandore, nouveau recueil de dessins, de bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, planche 34, entre 1850-1860, collier et broche – Crédit photo : Maison Riondet